24 avril 2009
La crise économique est née de la financiarisation de la ville
C'est en tout cas ce que Saskia Sassen affirme dans l'édition du Monde datée du 24 avril 2009. Pour la sociologue de la ville, "la crise des subprimes est la conséquence directe de la financiarisation de la ville" aux Etats-Unis. En créant des produits financiers complexes à partir de prêts immobiliers afin d'en extraire le peu de richesse des ménages modestes, les financiers ont en réalité enclenché un "mécanisme destructeur pour la ville : des millions de logements sont désormais abandonnés". C'est donc aussi la ville qui subit de plein fouet cette crise, et surtout les villes globales qui sont "l'infrastructure vivante de la finance mondiale et de l'économie globale".
Pour illustrer le propos, la chercheuse indique ainsi que New-York, la ville globale par excellence, a subi une chute de 10 milliards de dollars de son produit municipal brut en 2008. Une nouvelle forme de quartier déshérité apparaît alors autour des grandes villes américaines : les "villes de tentes", qui accueillent des sans-abris issus des classes moyennes. Elle affirme enfin que "le meilleur moyen de dynamiser nos villes, c'est de les convertir au développement durable", soit un modèle de développement permettant d'en finir avec le modèle spéculatif et sa vision du profit à court terme. Il faut cesser de construire par pure spéculation, et réinventer le partenariat public-privé pour développer la ville selon les besoins réels de ses usagers.

15:03 Publié dans Géographie urbaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01 mai 2008
Envie de vaisselle urbaine ?
Si l'envie vous prend de vouloir manger dans des assiettes représentant des plans de villes (on ne sait jamais), allez donc faire un tour ici, c'est sympa et original... Mais cher...

19:55 Publié dans Géographie urbaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ville
08 mars 2006
De la ségrégation à la fragmentation : les villes d’Amérique latine
L’Amérique Latine est urbaine : 75% de sa population est citadine, 40% des urbains vivent dans des villes millionnaires, 25 villes dépassent les 2 millions d’habitants, 4 mégapoles dépassent les 10 millions d’habitants. Certes, ce fait est ancien, l’Amérique précolombienne avait déjà ses cités, mais la colonisation va accentuer le fait urbain et le développer d’une manière considérable : le XVIème s s’est caractérisé par la plus grande entreprise humaine de création de villes. La ville coloniale se devait être le lieu de la conversion religieuse des populations autochtones, du contrôle des terres acquises, du rassemblement des richesses extraites. Son plan permettait d’assumer ces fonctions : la place (plaza majore) regroupait l’église, le palais et le marché.

Mais c’est essentiellement avec les indépendances des États latino-américains, au XIXème s, que l’urbanisation va prendre son envol, et plus encore suite à la seconde guerre mondiale. La croissance urbaine va alors être en lien étroit avec l’industrialisation et son corollaire, l’exode rurale. Ce dernier va être puissant : la misère des campagnes, liées aux fortes inégalités dans le partage des terres, va engendrer un flux continu de migrants ruraux vers les périphéries des villes. Ne pouvant (ou ne voulant ?) mettre en place des programmes de logements pour accueillir les nouveaux venus, de véritables « ceintures de pauvreté » virent le jour, celles que l’on nomme les favelas à Rio de Janeiro, les Barrios à Caracas, les Villas Miserias à Buenos Aires… Cet habitat populaire naît souvent suite à une invasion collective de terres, généralement sur des terrains publics, dans des zones peu attractives, voire dangereuses : proximité des industries, versants soumis au risque de glissement de terrain… Ces quartiers se caractérisent par un manque d’accès à l’eau, par des constructions de faible qualité, par une insécurité foncière…En évoluant, ces quartiers peuvent se consolider et devenir des municipalités à part entière, comme c’est le cas pour Nezahualcoyolt, en périphérie de Mexico, devenu une municipalité autonome.
À côté de ces quartiers populaires, on trouve les quartiers des classes moyennes, fait d’un habitat individuel ou collectif, qui fait souvent office de zone tampon en les quartiers pauvres et les beaux quartiers. Mais ce n’est pas toujours le cas : à Rio, quartiers populaires et beaux quartiers se côtoient comme on peut le voir sur cette photo satellite où les favelas apparaissent comme une masse grise :
Depuis une vingtaine d’années, l’Amérique latine est la proie d’une profonde crise économique, entraînant la mise en place de politiques néo-libérales et d’une ouverture à la mondialisation. Ce processus semble accentuer les inégalités au sein des villes et entraîne le passage de la ségrégation à la fragmentation. Cette notion de ségrégation, à l’origine de la ville coloniale, caractérise un fonctionnement urbain à l’image d’une ville « organique », dans laquelle chacun à une place et où les différents morceaux sont interdépendants. Dans la ville fragmentée, les différents morceaux voient le lien les unissant s’amoindrir et deviennent de plus en plus autonomes.
C’est ainsi que l’on observe une fragmentation sociale : les liens entre riches et pauvres s’affaiblissent, les populations aisées se renferment dans des quartiers sécurisés (comme les Country Club de Buenos-Aires) quand toute une vie se développe au sein des quartiers populaires. Fragmentation spatiale aussi avec l’amoindrissement des liens physiques entre les différents morceaux de la ville : l’étalement urbain s’accompagne de la construction d’autoroutes intra-urbaines comme autant de cassures, et les transports collectifs y perdent en efficacité. Malgré tout, l’Amérique latine urbaine se caractérise par des expérimentations en matière de transports tout à fait intéressantes, chose à laquelle je reviendrais.
Références
BABY-COLLIN V. (2005), “Les villes”, dans ALBRECHT D. et al.,“L’Amérique Latine”, SEDES.
BATAILLON C., DELER J-P et THÉRY H., « L’Amérique Latine », Géographie Universelle, 1997.
TOMAS F. (Coord.)(1999), « Villes d’Amérique latine plus grandes que leurs problèmes ? », Revue de géographie de Lyon, Vol. 74, Num. 4.
Pour aller plus loin
Caracas, entre métropolisation et fragmentation urbaine
11:05 Publié dans Géographie urbaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ville





