01 mai 2008

Envie de vaisselle urbaine ?

Si l'envie vous prend de vouloir manger dans des assiettes représentant des plans de villes (on ne sait jamais), allez donc faire un tour ici, c'est sympa et original... Mais cher...

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08 mars 2006

De la ségrégation à la fragmentation : les villes d’Amérique latine

L’Amérique Latine est urbaine : 75% de sa population est citadine, 40% des urbains vivent dans des villes millionnaires, 25 villes dépassent les 2 millions d’habitants, 4 mégapoles dépassent les 10 millions d’habitants. Certes, ce fait est ancien, l’Amérique précolombienne avait déjà ses cités, mais la colonisation va accentuer le fait urbain et le développer d’une manière considérable : le XVIème s s’est caractérisé par la plus grande entreprise humaine de création de villes. La ville coloniale se devait être le lieu de la conversion religieuse des populations autochtones, du contrôle des terres acquises, du rassemblement des richesses extraites. Son plan permettait d’assumer ces fonctions : la place (plaza majore) regroupait l’église, le palais et le marché.
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Mais c’est essentiellement avec les indépendances des États latino-américains, au XIXème s, que l’urbanisation va prendre son envol, et plus encore suite à la seconde guerre mondiale. La croissance urbaine va alors être en lien étroit avec l’industrialisation et son corollaire, l’exode rurale. Ce dernier va être puissant : la misère des campagnes, liées aux fortes inégalités dans le partage des terres, va engendrer un flux continu de migrants ruraux vers les périphéries des villes. Ne pouvant (ou ne voulant ?) mettre en place des programmes de logements pour accueillir les nouveaux venus, de véritables « ceintures de pauvreté » virent le jour, celles que l’on nomme les favelas à Rio de Janeiro, les Barrios à Caracas, les Villas Miserias à Buenos Aires… Cet habitat populaire naît souvent suite à une invasion collective de terres, généralement sur des terrains publics, dans des zones peu attractives, voire dangereuses : proximité des industries, versants soumis au risque de glissement de terrain… Ces quartiers se caractérisent par un manque d’accès à l’eau, par des constructions de faible qualité, par une insécurité foncière…En évoluant, ces quartiers peuvent se consolider et devenir des municipalités à part entière, comme c’est le cas pour Nezahualcoyolt, en périphérie de Mexico, devenu une municipalité autonome.

À côté de ces quartiers populaires, on trouve les quartiers des classes moyennes, fait d’un habitat individuel ou collectif, qui fait souvent office de zone tampon en les quartiers pauvres et les beaux quartiers. Mais ce n’est pas toujours le cas : à Rio, quartiers populaires et beaux quartiers se côtoient comme on peut le voir sur cette photo satellite où les favelas apparaissent comme une masse grise :

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Depuis une vingtaine d’années, l’Amérique latine est la proie d’une profonde crise économique, entraînant la mise en place de politiques néo-libérales et d’une ouverture à la mondialisation. Ce processus semble accentuer les inégalités au sein des villes et entraîne le passage de la ségrégation à la fragmentation. Cette notion de ségrégation, à l’origine de la ville coloniale, caractérise un fonctionnement urbain à l’image d’une ville « organique », dans laquelle chacun à une place et où les différents morceaux sont interdépendants. Dans la ville fragmentée, les différents morceaux voient le lien les unissant s’amoindrir et deviennent de plus en plus autonomes. medium_favelas.jpgC’est ainsi que l’on observe une fragmentation sociale : les liens entre riches et pauvres s’affaiblissent, les populations aisées se renferment dans des quartiers sécurisés (comme les Country Club de Buenos-Aires) quand toute une vie se développe au sein des quartiers populaires. Fragmentation spatiale aussi avec l’amoindrissement des liens physiques entre les différents morceaux de la ville : l’étalement urbain s’accompagne de la construction d’autoroutes intra-urbaines comme autant de cassures, et les transports collectifs y perdent en efficacité. Malgré tout, l’Amérique latine urbaine se caractérise par des expérimentations en matière de transports tout à fait intéressantes, chose à laquelle je reviendrais.

 

 

Références

BABY-COLLIN V. (2005), “Les villes”, dans ALBRECHT D. et al.,“L’Amérique Latine”, SEDES.
BATAILLON C., DELER J-P et THÉRY H., « L’Amérique Latine », Géographie Universelle, 1997.
TOMAS F. (Coord.)(1999), « Villes d’Amérique latine plus grandes que leurs problèmes ? », Revue de géographie de Lyon, Vol. 74, Num. 4.

 

Pour aller plus loin

Métropoles en mouvement

Viva Favela

Caracas, entre métropolisation et fragmentation urbaine

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